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mercredi 18 juillet 2012

LAURENT GANÉ : Petites méchancetés et autres grossièretés pour se détendre

FAUT-IL FAIRE PIQUER LES JEUNES ?


Les jeunes ont-ils un cerveau ? Il semble que oui. Mais est-il en état de marche ? A-t-il été mis en route comme les autres organes ? À les écouter, il semble que non. Vous me direz : il suffit peut-être, dans ce cas, de les aider à démarrer. Vous vous rendez alors compte, si vous tentez de le faire, qu’ils réagissent à l’instar de ces vieilles tondeuses à gazon, ou de ces vieux groupes électrogènes, qui, lorsque vous tirez la cordelette servant à lancer le moteur, se mettent à tousser, à cracher, à péter, à branler dans tous les sens, sans qu’on ne parvienne à les faire démarrer.
Ils ressemblent à des avions qui ne décollent pas, ou à des stylos neufs qui n’écrivent pas.
Ils tombent dans tous les plus gros pièges idéologiques à gogos, toutes les plus grosses baudruches pseudo intellectualo-philosophico-humanistes qui soient. La moindre trappe à crétins est pour eux ; et il semble impossible de faire la moindre chose contre ça.
Plantez un poteau, au hasard, au milieu du désert, avec écrit dessus : Piège à cons ; donnez leur une voiture, et demandez leur de traverser ledit désert ; c’est garanti ! ils se prennent le poteau.
Évidemment, avec un cerveau en rideau, ils ne s’en rendent pas compte, mais ils sont cent fois plus ennuyeux que beaucoup des vieux qu’ils méprisent. Dans leur genre, ils sont tout autant moralistes que, dans son genre, le plus moraliste des curés ; ils sont dix fois plus naïfs que la plus naïve et la plus tarte des pucelles ; cinquante fois plus myopes que la plus myope des vieilles taupes ; ce qui ne les empêche pas de prendre leur canne blanche pour un néon qui éclairerait le monde.
Vous trouverez chez eux des raisonnements engagés, revendicatifs, révoltés, mais pas l’ombre de l’extrémité du bout de la queue d’un raisonnement logique. Ils s’effarouchent et s’offusquent – toujours dans leur genre – vingt fois plus que la plus coincée des membres d’une ligue de vertu. Leur arrogance et leur morgue toisent celles de n’importe quel officier de la Waffen-SS au meilleur de sa forme. Ils n’aiment pas le capitalisme, pour ne pas dire qu’ils sont contre, qu’ils le vomissent, mais ils sont totalement aux ordres de la société de consommation. Ils n’aiment pas les uniformes, parce que la guerre c’est mal, et qu’ils détestent marcher au pas, mais ils sont fiers, pareil à de vieux généraux soviétiques bardés de médailles, d’enfiler servilement celui de la mode, même la plus ridicule qui soit ; surtout la plus ridicule qui soit !
Pour faire passer tout ça, afin que ça ne se voit pas, les dociles petits soldats qu’ils sont ont adopté le meilleur des camouflages comportementaux qu’on puisse trouver, parfaitement adapté au terrain et à l’époque : ils sont cools ; ainsi, ni vu ni connu ils embrouillent tous les simples d’esprit, et peuvent mener paisiblement leur petite vie de fientes bien-pensantes, le goupillon de la coolitude en avant. 
Ces nouveaux obscurantistes n’ont pas fini de nous emmerder ! Vivement que les vétérinaires soient autorisés à les piquer !
Une autre chose mérite d’être dite à leur sujet, car ils critiquent sans concession ceux qu’on appelle les beaufs, auxquels on reproche généralement, entre autres, d’être vulgaires, idiots, à moitié alcooliques, incultes, ou disons n’ayant pour "culture" que celle de bas étage véhiculée par la télévision, de s’habiller d’une manière révélant leur art maîtrisé du mauvais goût, de décorer leur maison et parfois leur voiture avec le même mauvais goût, et de s’alimenter de choses grasses, ou très sucrées, provoquant le dégoût et l’indignation de n’importe quel fin gourmet.
Et les jeunes osent se moquer de ces gens-là. Mais franchement, se sont-ils déjà vus ?! Dans un genre différent, ils agissent à l’identique. Si le beauf a un penchant pour la bouteille, que dire des jeunes qui semblent n’avoir qu’une envie, celle de plonger dedans à la moindre occasion qu’ils appellent pudiquement fête au lieu de beuverie ; sauf qu’eux, aux substances qui saoulent, ils ajoutent celles qui shootent, afin de mieux transformer leur cheptel neuronal déjà comateux en joyeux ball-trap. Par contre, ils n’ajoutent jamais, mais alors jamais, de substances qui cultivent et surtout forment l’intelligence, car ils ont des principes auxquels ils n’entendent point déroger ces petits chéris ; par exemple, celui de n’aimer que la musique pour débiles, et celui d’écrire des phrases contenant plus de fautes que de mots en trouvant ça cool. Rappelons, comme je l’ai dit, qu’ils s’habillent à la mode, c’est-à-dire d’une façon affligeante, si ce n’est hilarante, et qu’ils s’alimentent d’une manière offrant presque comparativement à certains des ploucs qu’ils méprisent de flirter avec le statut de gastronomes.
Donc, si lesdits ploucs, si les beaufs, sont idiots et vulgaires, que penser des jeunes ? Eh bien je vais vous le dire. J’ai la forte impression qu’ils appartiennent à la catégorie des nouveaux beaufs et des nouveaux ploucs qui ne le savent pas.
Mais ce n’est pas tout, car ils n’ont pas seulement les défauts des beaufs ; ils ont aussi les défauts des riches, des petits bourgeois pourris gâtés. Ils sont prétentieux, vaniteux, capricieux, hyper susceptibles, petits princes, arrogants, méprisants, matérialistes, égocentriques ; en un mot : insupportables.
Nul doute là-dessus, je préfère cent fois un paysan coiffé d’un béret, avec une baguette sous le bras, à ces prétentieux petits ectoplasmes dégénérés à la solde de la crétinerie télévisuelle ambiante.
À ce propos, je ne peux passer à côté de la critique suivante. Il faut que les jeunes comprennent qu’ils ne sont en rien, mais alors en rien, des rebelles, comme ils le croient ; ils ne sont en rien des révolutionnaires. Quelle imposture ! Quelle fichaise ! Ils sont exactement l’inverse. Comme je l’ai laissé entendre, il n’y a pas plus à la remorque du système de l’argent qu’ils prétendent vomir que les jeunes. Ils sont trop stupides pour comprendre que c’est précisément le système, s’appuyant sur leur vanité et leur bêtise, qui leur a vendu le statut de rebelle – comme on lance une marque, une chanteuse, une lessive ou un label –, après avoir récupéré et vidé de son vrai sens le mot rebelle, pour ensuite l’agiter devant leurs yeux vénaux de petits bourgeois gâtés et hypocrites s’estimant habités par une insoumission désintéressée, ou du moins uniquement intéressée par le combat contre la souffrance et l’injustice dans le monde, à condition que ça n’entame pas leur douillet petit confort et leur addiction à la mode, à la fête, à la cuite, à la défonce, et à la consommation.
Le maquis, ils veulent bien le prendre, à condition qu’il soit recouvert d’une épaisse moquette, qu’il soit équipé d’un jacuzzi, d’une cabine de bronzage, d’une bonne chaudière pour affronter l’hiver, d’un lit douillet, d’un ordinateur, d’une connexion internet, d’un téléphone cellulaire, d’une télévision, d’une chaîne haute-fidélité, d’un réfrigérateur constamment plein, d’un confortable canapé, d’un médecin et d’un dentiste à disposition au moindre bobo, et surtout de parents pour payer tout ça. En résumé : de tout ce qui peut assurer un confort cinq étoiles à l’héroïque rebelle moderne qu’est le jeune, harassé et fourbu après une "dure" journée passée avec ses potes à pourfendre l’inégalité et l’injustice à travers le monde.
Je me souviens de l’époque des premiers jeans vendus déjà usés. En acheter un était la garantie d’être vu comme un rebelle opposé aux conventions bourgeoises de la société capitaliste, et traversant à cheval des paysages aussi magnifiques qu’infinis ; à ceci près qu’un jean usé avait une durée de vie inférieure à celle d’un jean pas usé, obligeant son possesseur à en acheter un autre plus souvent que le possesseur d’un jean pas usé. De surcroît, par rapport à ce dernier, le jean usé était vendu plus cher, ceci voulant dire que le statut de rebelle en marge des conventions bourgeoises de la société capitaliste, étant donné la somme d’argent dont il fallait disposer pour l’acquérir et l’entretenir, était plus accessible aux bourgeois capitalistes qu’aux autres. Voilà ! Toute l’imposture nauséabonde des jeunes est résumée dans cet exemple.
Pour finir, je précise ne pas tenir ce genre de propos parce que je ne suis plus jeune, car je pensais exactement la même chose des jeunes qui m’entouraient lorsque j’étais jeune moi-même. Je trouvais insupportable cette fierté qu’ils avaient d’être cons, et cette capacité à idolâtrer des gens qui n’en valaient pas la peine ; et aujourd’hui, c’est encore pire, le cadavre de la jeunesse étant encore plus décomposé.
Franchement, qu’y a-t-il de plus niais et superficiel intellectuellement, de plus fat et matérialiste que les jeunes ? Ce qui vient après, à l’âge adulte, n’est généralement guère mieux, mais les jeunes… Qu’y a-t-il de plus avachie du bulbe et de plus boursouflée du nombril que cette jeunesse qu’on encense stupidement. Finalement... qu’y a-t-il de plus sénile qu’un vieillard ? Un jeune bien sûr ! Un jeune ! Sénile, boiteux du crâne, la suffisance en plus.
Je plains ceux, parmi ces jeunes, dont la valeur n’a point attendu le nombre des années, et qui se retrouvent, comme je l’ai été, au milieu de ces décérébrés. Ainsi qu’Alexandre Soljenitsyne l’a fait, ils pourront plus tard témoigner de leur expérience du goulag.
Tenez bon les gars ! Je suis de tout cœur avec vous.


Laurent Gané, Petites méchancetés et autres grossièretés pour se détendre / Il faut faire piquer les jeunes.

4 commentaires:

Colimasson a dit…

Et si je dis que je kiffe, est-ce que je fais partie de ces jeunes décérébrés qui s'enthousiasment pour un rien ?

Rédaction a dit…

Non, car il est vrai, si je peux me permettre, que ce texte déchire sa race.

Anonyme a dit…

Excellent de simplicité et de limpidité !
De même que votre article "La gauche, héritière ingrate du christianisme" à

http://www.bvoltaire.fr/laurentgane/la-gauche-heritiere-ingrate-du-christianisme,15932

Laurent Gané a dit…

Merci.