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mardi 14 décembre 2010

Paris neige versus Paris Plages

Jeudi dernier, à la télévision, en voyant des gens glisser sur les trottoirs de la capitale, et d’autres qui avaient fini aux urgences, je me suis dit que Bertrand Delanoë était beaucoup plus doué pour mettre du sable sur les quais parisiens en été que pour mettre du sel sur les trottoirs gelés en hiver. Ça ! Paris Plages, il n’y a pas de souci à se faire, c’est bien organisé ; ils se creusent la tête à la mairie pour qu’on y trouve toutes sortes de jeux et d’activités. Par contre, Paris neige, c’est beaucoup moins bien géré. Les gens se cassent la figure, il n’y a plus de bus, plus de taxis, mais que tout le monde se rassure, le sable de Paris Plages pour l’été prochain est certainement déjà commandé.

Puisque la fête et l’esprit ludique font partie de ce qui compte le plus aujourd’hui, pourquoi ne pas faire de Paris sous la neige une énième fête pour crétins ? Ça ne manque pas les crétins, et ils se laissent très facilement parquer dans les nouveaux enclos à moutons que sont les fêtes et les divertissements. Fêtes et divertissements constamment organisés sous l’enseigne d’une grande et belle valeur : la tolérance, la solidarité, le partage, l’égalité. Celui qui participe à ces réunions de vertu peut ainsi, en dansant, en bronzant, en riant, en "s’éclatant" !, se dire qu’il est quelqu’un de bien puisqu’il fête une grande valeur. Il mérite de s’amuser, puisqu’il est ouvert au monde et à la fraternité. En réalité, c’est lui qu’il fête, c’est lui qu’il récompense d’être quelqu’un de si bon, de si merveilleux, en participant comme il le fait à la défense de si magnifiques valeurs.
Les voilà les nouveaux bigots, moralistes et hypocrites, totalement différents en apparence  de ceux que l’on trouvait au sein de la religion et dont Molière s’est moqué, mais au fond possédant la même architecture mentale.

Donc, oui, pourquoi ne pas faire de Paris sous la neige une fête de plus ? Les pédalos et les canoës-kayaks de Paris Plages pourraient être reconvertis en luges pour l’occasion, et les transats, en brancards pour emmener à l’hôpital celles et ceux qui se seraient blessés. Les palmiers pourraient être disposés sur les trottoirs pour que les gens s’y accrochent afin de ne pas tomber. Qu’est-ce qu’on s’amuserait !
Et lorsqu’on voit les parisiens, les jambes un peu écartées et les bras en avant, avancer doucement sur la glace ; observez bien leurs mouvements : on dirait du Taï-chi. Et où ont-ils appris le Taï-chi ? Mais à Paris Plages bien sûr ! ou on l’enseigne, tous les jours, de 10h à midi. C’est sans doute pour cette raison que Bertrand Delanoë a laissé les trottoirs se transformer en patinoire : pour que les gens puissent réviser leurs cours de Taï-chi. Et puis une patinoire, c’est ludique. Tout se tient finalement. On va vers le gouffre, mais on y va en dansant, détendu, béat, et content de soi.

Paris est dirigé par un maire, réponse A, ou par un animateur de colonie de vacances, réponse B ? Remarquez, il est loin d’être le seul, le maire de Paris, à être dépassé par les évènements dès qu’il redécouvre qu’en hiver l’eau se transforme en flocons ou en glace, comme la mouche qui se cogne dans la vitre, fait demi-tour, et revient se cogner dans la vitre. C’est chaque année la même chose, et ils ont toujours une bonne excuse pour justifier leur incapacité à prévoir. Certains diront qu’il y a des problèmes plus graves que celui-ci. C’est vrai ! Mais c’est savoir que l’on peut se casser une jambe à cause d’une équipe de bras cassés qui est rageant ; rageant et révélateur.
C’est bien le divertissement ! c’est agréable, sauf lorsqu’on le transforme en outil d’abrutissement. Le mot lui-même, quand on l’observe de près, que veut-il dire ? D’après le dictionnaire, cela signifie entre autres : ce qui détourne des problèmes essentiels. Intéressant n’est-ce pas ?
De plus, comme je l’ai dit, que les responsables politiques, chaque hiver, se fassent surprendre par la neige et le verglas, est révélateur de leur incapacité à prévoir. Pas seulement de leur incapacité, comme vous l’aurez compris, à prévoir l’épandage du sel, mais de leur incapacité à prévoir et à anticiper en général. Cela montre, encore une fois, que ces gens-là ne vivent pas dans la réalité, ce qui, lorsqu’on a des responsabilités, surtout si elles sont politiques, n’est pas seulement une erreur mais une faute.
Ils se croient modernes et en avance alors qu’ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Lorsque la facture des conséquences de leurs incapacités regroupées arrivera, elle sera, soyons-en sûrs, beaucoup plus salée que ne l’ont été les trottoirs ces derniers jours.

Laurent Gané

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