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mercredi 20 février 2013

J'ai testé pour vous le radar mobile


L'art de transformer la sécurité publique en commerce

Dernièrement, j’ai été flashé par un radar mobile, à Donville-les-Bains, de jour, en descendant la rue de la Gare, à 58 km/h (vitesse réelle) au lieu de 50.
À cet endroit, à peine effleure-t-on l’accélérateur qu’on se retrouve très vite au-delà de la vitesse maximale autorisée.
La brigade mobile était en bas de la rue, c’est-à-dire au bout d’une belle descente d’environ 300 mètres, sans habitations sur les côtés, sauf au début et à la fin de la descente. On a l’impression d’être en dehors de la ville.
90 euros d’amende donc, et un point en moins sur le permis de conduire.
Je n’ai pas considéré avoir été sanctionné par un dispositif luttant contre l’insécurité routière. Non. Je me suis dit être tombé dans un piège dont le but était de voler l’argent des automobilistes sous couvert de lutte contre l’insécurité routière.
J’ai ensuite eu l’occasion de faire part de mon mécontentement à un policier. Je lui ai dit que même en étant prudent, il était impossible de ne jamais dépasser les vitesses imposées.
Je lui ai dit que le radar qui m’avait flashé n’était qu’une pompe à fric, car placé à un endroit où la limitation de vitesse pouvait très facilement être dépassée sans que cela représente un réel danger. Il m’a répondu que contrairement à ce que je croyais, les radars étaient toujours installés à des endroits où il y avait eu des accidents, comme là où j’avais été flashé, 100 mètres plus loin exactement, au passage piétons, où 5 à 6 ans plus tôt un piéton avait été tué.
Ses propos étaient ambigus. Il disait qu’on ne pouvait pas – sécurité routière oblige – ne pas faire de contrôles radars, en ajoutant qu’il ne prétendait cependant pas que les radars n’étaient pas des pompes à fric.

Plusieurs points m’apparurent très discutables. Par exemple, il a parlé d’un accident sans expliquer ce qui l’avait provoqué. Et c’est toujours comme ça ! On cherche à vous tétaniser en vous culpabilisant par l’évocation d’accidents tragiques, afin que vous vous disiez : Si après avoir entendu ça, je continue à me plaindre, je vais être vu comme quelqu’un qui, au nom de sa liberté de faire ce qu’il veut, se moque de provoquer des accidents mortels.
On peut du coup plus facilement se garder de vous donner des explications risquant de répartir, de distribuer les responsabilités, de mettre en avant des circonstances atténuantes et par conséquent, dans beaucoup de cas, de rendre moins vive cette culpabilité qu’on souhaite vous voir ressentir afin de vous faire mieux accepter la politique de sécurité routière hyper-répressive, et donc de maintenir sa rentabilité.
Dans le cas où un chauffeur a renversé une personne, on ne vous dit pas si il était ivre, si il roulait au-dessus, ou au-dessous de la limitation de vitesse, si le piéton avait manqué de prudence, avait traversé n’importe comment, si c’était le chauffeur qui avait manqué de prudence, en dépassant largement la limitation de vitesse, ou en ne la dépassant pas, mais en ayant eu un moment d’inattention, s’il faisait nuit, si le piéton portait des vêtements sombres, si le chauffeur avait été ébloui par des phares, si il y avait ou non du brouillard, de la pluie, du verglas, de la neige, si le lieu de l’accident était suffisamment sécurisé, si la configuration de ce lieu pouvait être mise en cause. On ne vous dit rien. L’automobiliste doit toujours avoir tort, doit toujours être diabolisé. D’ailleurs, le policier avec lequel j’ai discuté n’a pas parlé d’une zone accidentogène à propos du passage piétons entre la rue de la Gare de Donville-les-Bains et l’avenue de la Gare de Granville, mais d’une zone criminogène, l’emploi d’un tel terme n’ayant fait qu’attiser ma défiance.
J'étais donc loin d’avoir été convaincu par les arguments du policier. Si la sécurité routière était si importante pour l’État, si la zone où a eu lieu l’accident dont m’a parlé ce policier est si dangereuse, pourquoi donc, depuis 5 à 6 ans, n’avait-on fait aucun aménagement pour la sécuriser ? Pourquoi n’avait-on pas éclairé le passage piétons ? Pourquoi n’y avait-il aucune signalisation l’annonçant ? Pourquoi n’avait-on pas installé de ralentisseurs mécaniques ? Pourquoi n’avait-on pas installé des feux tricolores ? Pourquoi n’avait-on rien fait ? Pour des raisons financières ? Le policier avec lequel j’ai discuté m’a dit qu’à l’époque où la brigade mobile avait une Ford Focus pour effectuer les contrôles radars, une fois, parmi tant d’autres, en une heure, les policiers de cette brigade virent passer 208 véhicules, dont 201 étaient en infraction. En une heure, comme il l’a ajouté, ils avaient gagné de quoi acheter une nouvelle Ford Focus. En une heure ! Imaginez donc, en tout, ce qu’ont rapporté les contrôles radars depuis des années à cet endroit.
Ils auraient aisément pu faire creuser un tunnel pour faire passer les piétons s’ils l’avaient voulu. Alors pourquoi n’avait-on rien fait pour sécuriser ce lieu déclaré dangereux par les autorités ? Réponse : Parce que – rendez-vous compte ! – si les voitures étaient forcées de ralentir, les contrôles radars y seraient beaucoup moins rentables !
En imaginant que c’eut été un de nos proches qui se soit fait renverser à cet endroit, si un autre de nos proches passait aujourd’hui au même endroit, cela nous rassurait-il de savoir que de temps en temps des contrôles radars sont effectués ? Pour formuler la question autrement : Préférerions-nous voir installer des ralentisseurs mécaniques accompagnés d'un éclairage et d'une signalisation, des feux tricolores, ou un radar de temps en temps ? Quelle solution nous semblerait aller davantage dans le sens de la sécurité routière ? N’est-ce pas celle qui serait la moins rentable pour l’État ?
Je m’étais posé ces questions et fait ces réflexions, jusqu’à ce qu’un rebondissement vienne conforter ce que je m’étais dit. Effectivement, quelques jours après ma mésaventure, un habitant de Granville m’a dit avoir été pompier pendant 20 ans à Granville, et que personne n’avait été tué au fameux passage piétons. Qu’il y avait bien eu un accident, mais 200 mètres plus loin, au passage à niveau. Un couple en moto s’était tué parce qu’il roulait trop vite. Un autre habitant de Granville me raconta plus tard la même histoire.


L'art de ne rien faire en faisant croire qu'on fait quelque chose

Pour revenir à ce problème de vitesse semblant être si préoccupant pour les autorités, pourquoi, comme je l’ai demandé au policier, ne pas mettre en place un système empêchant électroniquement et automatiquement les véhicules de dépasser les limitations de vitesse en agglomération ; empêchement pouvant être débrayé par enfoncement de l’accélérateur par exemple ? À cette question, le policier m’a répondu que cela pourrait être dangereux de ne pas disposer de toute la puissance et de toutes les capacités de son véhicule en cas de nécessité. Pour doubler une voiture sur une nationale oui ! Mais dans une agglomération. A-t-on besoin de pouvoir monter à 80 km/h pour se sortir d’un mauvais pas ? C’est absurde ! Et encore une fois, il suffirait de rendre le système rapidement débrayable.

On ne cesse de faire évoluer les radars. La chasse aux automobilistes est ouverte toute l’année. Mettrons-nous un jour le même acharnement à développer des moyens technologiques permettant de vraiment faire respecter les vitesses de circulation aux endroits dits les plus dangereux, et de fait de véritablement agir pour la sécurité routière ? J’ai ma petite idée sur la réponse. Non, car cela réduirait considérablement ce que rapportent les amendes pour dépassement de vitesse autorisée.


L'art de rendre la conduite dangereuse en cherchant à la rendre moins dangereuse

De plus, avez-vous remarqué qu’on peut considérer comme dangereux de toujours regarder son compteur, pour sans cesse vérifier sa vitesse. Un automobiliste souhaitant respecter les limitations de vitesse, dans de nombreux cas, est plus dangereux qu’un autre qui, sans rouler comme un fou, serait régulièrement au-dessus de la vitesse imposée, simplement parce qu’il n’aurait pas les yeux constamment braqués sur son compteur, mais sur la route et ses abords. Un conducteur regardant sans cesse son compteur, rend sa conduite plus dangereuse. Et lorsqu’il a été flashé par un radar, c’est pire, car il veut tellement ne plus être pris, qu’il regarde encore plus souvent son compteur, condition obligatoire pour respecter le plus possible les limitations de vitesse, ceci provoquant une moins bonne attention de ce qui se passe autour de lui. Certes, les radars incitent fortement à respecter les limitations de vitesse, c’est incontestable, mais paradoxalement, ils rendent aussi souvent moins bonne et plus dangereuse notre conduite en faisant de nous des conducteurs angoissés plus attentifs à notre compteur qu’à la route, et passant plus de temps, lorsque nous ne regardons pas le compteur, à chercher les radars plutôt qu’à être attentif aux piétons et aux voitures. Pour renverser un piéton, il faut généralement ne pas l’avoir vu, pour des raisons diverses, auxquelles on peut ajouter sans hésiter le fait d’avoir les yeux aimantés par son compteur de vitesse, et l’esprit constamment occupé à vouloir éviter les radars.


L'art de faire la chasse aux individus les plus dangereux là où ils ne sont pas

L’État considère-t-il les automobilistes comme de dangereux truands ? Cherche-t-il – s’inspirant des prisons – à transformer le réseau routier en quartier de haute sécurité ? Il semblerait que oui, car comme certains extrémistes de la sécurité routière, par l’emploi du mot "criminogène" pour désigner toute zone où s'est produit un accident, il indique considérer chaque automobiliste rentrant dans un véhicule ou renversant une personne comme un criminel, et les autres automobilistes, comme des criminels potentiels.
Sur les 208 automobilistes évoqués plus haut, dont 201 furent en infraction, peut-on dire qu’il y avait 201 fous dangereux, 201 criminels, et 7 bons conducteurs, ou alors, face à l’absurdité d’une telle vision des choses, que le problème était ailleurs, mais qu’on ne veut pas le voir, encore et toujours pour des raisons de rentabilité déguisées en sécurité routière.

Voici ce qui m’a été raconté après ma mésaventure. Un inspecteur du permis de conduire était dans sa voiture quand son téléphone sonna. Il se gara sur une place de stationnement, prit son téléphone, et répondit. Des policiers arrivèrent, et le verbalisèrent. Pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas arrêté son moteur.
Encore un "dangereux criminel" mis hors d’état de nuire ! Rendez-vous compte braves gens ! Et on ose dire que rien n’est fait contre l’insécurité !
Il eut la même amende que s'il avait roulé avec le téléphone à l’oreille. Une opération rentable sur tous les plans : financièrement, et statistiquement, mais les deux se confondent. En effet, plus il y a d’infractions et de soi-disant infractions, et plus l’insécurité routière paraît grande, cette dernière justifiant donc une dissuasive répression.
Des histoires comme celle-là, il y en a plein.

Un motard m’a raconté un jour avoir été arrêté en ville parce qu’il ne portait pas de blouson. Surpris, il demanda aux policiers pourquoi ils l’avaient arrêté alors que dans la ville des jeunes roulaient en scooter sans casque, et si possible n’importe comment. La réponse fut claire : Nous avons ordre de ne pas les interpeller, car lorsque nous voulons le faire, ils prennent généralement la fuite, se mettent en danger, et mettent en danger les autres.
Essayez, vous, un jour, de rouler en scooter sans casque, de prendre la fuite lorsque des policiers voudront vous arrêter, et de mettre en danger les passants. Vous verrez ce qui vous arrivera.


L'art de vouloir responsabiliser en se déresponsabilisant

Et puisque, au nom de la sécurité justement, il ne faut rien laisser passer, qu’attendent les policiers et les gendarmes pour verbaliser l’État et ses représentants : lorsque des panneaux sont masqués par la végétation environnante, lorsque certains carrefours dangereux ne sont pas annoncés par un éclairage, lorsque des feux tricolores sont en panne, lorsque les marquages au sol sont à moitié ou presque totalement effacés ; quand certains marquages, lorsqu’ils sont visibles, sont parfois si confus et ambigus qu’ils ne règlent pas mais rendent dangereuse la circulation, sachant de surcroît que d’une commune à l’autre les automobilistes découvrent souvent une organisation de la circulation répondant à des logiques municipales différentes ayant pour conséquence de perturber leur conduite ?
Que dire également de ces "stop" parfois placés à des endroits insolites, non prévus à l’origine pour en recevoir, généralement sur une grande ligne droite, afin de laisser s’engager les quelques véhicules d’une plus petite rue se greffant sur la grande ligne droite, et pas l’inverse. Sans compter que souvent, la bande blanche du "stop" se trouve, comme nous l’avons dit, dans un état avancé d’effacement. Ces "stop" absurdes sont-ils destinés à réduire la vitesse des automobilistes, ou à provoquer des accidents ? Et qu’attend-t-on pour plus clairement et plus souvent indiquer les limitations de vitesse ?
Dernièrement, en voulant éviter un nid-de-poule, j’ai failli accrocher un scooter qui me doublait. Si je l’avais fait tomber, à qui aurait-on attribué les torts ? À l’État, au scooter, au "dangereux criminel", ou à la poule ?... Pas à l’État ni à aucune autre autorité ! Assurément !
J’imagine que les dites autorités pourront objecter toute une série d’arguments pour expliquer à leur avantage ce que nous venons de montrer du doigt, et qu’elles nous demanderont de prendre en compte ces arguments, cependant qu’elles ne tiendront pas compte des nôtres si la malchance nous fait tomber dans les filets des forces de l’ordre voyant de potentiels criminels partout.

Parfois, dans certaines conditions, on peut être amené, de soi-même, à rouler 10 ou 20 km/h en dessous de la vitesse autorisée. Lorsqu’on agit ainsi, une caméra nous filme-t-elle pour qu’ensuite nous soit envoyé un courrier notant notre prudence, celle-ci pouvant, à long terme, nous faire gagner des points ? Bien sûr que non ! Ce procédé serait trop pédagogique !

Bien entendu, certains policiers et gendarmes, en cas d’infraction, comprenant que vous n’êtes pas un fou ou une folle dangereuse, se contentent de vous faire une remontrance et de vous donner un avertissement, ceci ayant, dans certains cas, des conséquences beaucoup plus positives que de vous coller une amende. Et bien entendu qu’il faut des policiers et des gendarmes sur les routes, c’est évident, mais l’autorité d’un État, pour être respectée, doit être juste, et c’est malheureusement loin d’être le cas.
Quant aux policiers et aux gendarmes se contentant parfois de vous faire une remontrance et de vous donner un avertissement, à l’heure où il semble que la Police nationale et la Gendarmerie vont être privatisées et cotées en bourse, leur attitude pédagogique pourrait être particulièrement mal vue par les futurs actionnaires.


Laurent Gané


Voir la vidéo suivante sur le même sujet : C DANS L'AIR, à propos du scandale des radars

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