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lundi 8 septembre 2014

L'architecture moderne

Photographies extraites de Un siècle passe,
de Alain Blondel et Laurent Sully Jaulmes


L’architecture moderne* a rompu avec celle du passé. Elle n’est pas son prolongement, mais une manière de construire totalement différente.
C’est précisément ce qu’aiment ses défenseurs : qu’elle témoigne d’une rupture avec ce qui se faisait autrefois, qu’elle indique l’avènement d’une ère nouvelle, car pour eux, moderne, nouveau, veulent dirent mieux qu’avant, plus évolué, cette manière de voir faisant d’eux, qui aiment cette modernité et cette nouveauté, des individus supérieurs à ceux du passé.
Ce qui permet encore davantage de se démarquer, de paraître même supérieur à ceux pourtant déjà attachés à la modernité et à la nouveauté, c’est d’être avant-gardiste, c’est-à-dire de porter au pinacle ce qui est considéré comme étant en avance sur la nouveauté elle-même. Du nouveau plus nouveau que le nouveau du jour, car du nouveau à venir, du nouveau futur, conférant à ceux le défendant les qualités de visionnaires, de clairvoyants, de quasi médiums sachant voir l’avenir.
Il s’agit pour ces gens de tout voir à l’aune de la modernité, l’architecture comme les êtres humains, car être jeune par exemple, c’est être nouveau, plus moderne, en avance, plus évolué, plus intelligent, plus intéressant ; en un mot là aussi : supérieur.
Autrefois, on considérait pouvoir s’améliorer en mûrissant, et donc en vieillissant. De nos jours, on peut être ignare, idiot, creux, caractériel à défaut d’avoir du caractère, "original" à défaut d’avoir de la personnalité, sans que notre crédibilité soit remise en question si l’on est nouveau, jeune, et par conséquent d’emblée vu comme étant investi de toutes les qualités, comme étant en avance sur les personnes ayant pourtant de l’avance sur nous, sauf si les dites personnes n’ont pas les qualités personnelles, et notamment intellectuelles, permettant de faire de leur avance un avantage.
Cela reviendrait à considérer qu’un étudiant en première année de médecine en saurait plus sur la médecine que ceux parvenus à la fin de leurs cursus.
Les plus vieux, s’ils ne veulent pas être jugés en retard, version polie d’attardés, doivent absolument rester jeunes d’esprit comme on dit, c’est-à-dire tenter d’avancer en reculant.
Les gens qui aiment l’architecture moderne se disent qu’ils avancent eux, qu’ils évoluent sans cesse vers le mieux, tandis que ceux préférant l’architecture du passé se disent qu’avec l’architecture moderne il n’y a pas progrès mais au contraire déclin et décadence.
Les premiers, de leur point de vue, pensent que les seconds n’aiment pas l’architecture moderne, et la modernité en général, parce qu’ils sont passéistes, bornés, opposés par étroitesse d’esprit au progrès. Ils ne comprennent pas que les seconds – les plus subtils d’entre eux en tout cas – du fait de leur exigence de qualité, ne peuvent qu’aimer le progrès justement, mais le vrai, pas celui qui, d’un point de vue qualitatif donc, recule en prétendant avancer.
Car les premiers, effectivement, avancent en dégénérant, et les seconds s’en rendent compte, ce qui provoque leur opposition, car c’est précisément ce qu’ils ne veulent pas : dégénérer.
On peut être tourné vers le passé justement parce qu’on ne veut pas reculer, après avoir estimé que ce passé, sur certains plans, était d’une qualité supérieure au présent dégénérant, car c’est un authentique progrès que l’on souhaite, et pas un faux progrès.
En vérité, paradoxalement, ce sont les défenseurs de cette modernité barbare et dégénérée qui sont opposés au progrès, si l’on veut vraiment faire dire à ce terme : aller vers mieux.


Laurent Gané


* Je regroupe volontairement sous le terme moderne l’architecture moderne et l’architecture contemporaine – que lon considère normalement être deux courants différents – car elles appartiennent en réalité au même mouvement, à la même idéologie, et aboutissent à la même laideur architecturale.

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